Solaire,
éolienne, biogaz…
Les “énergies
alternatives”, un atout pour le Cambodge?
Les hydrocarbures liquides ou gazeux, le charbon ont pris
des millions d’années pour se former (ère carbonifère). Ce sont donc des
ressources qui ne se renouvellent pas à l’échelle humaine. La demande
croissante d’énergie se traduit par un prix du baril de pétrole qui ne peut
qu’augmenter. Les réserves, encore abondantes, se tariront d’ici deux ou trois
générations. De plus, la combustion de ces combustibles contribue au réchauffement
de la planète qui a pris des proportions préoccupantes. D’où l’intérêt porté
aux énergies alternatives.
Le nucléaire basé sur la fission de l’uranium 235, combiné
avec la production de plutonium 239 pourrait être exploité pendant plusieurs
siècles. Mais les problèmes de sécurité et de production de déchets radioactifs
sont préoccupants. Le nucléaire basé sur la fusion, qui est depuis 50 ans
“l’énergie du futur”, produirait également de la matière active à enterrer.
Il reste des ressources peu exploitées jusqu’ici mais
abondantes. Les radiations solaires, le vent, les courants d’eau et la
fermentation des matières organiques peuvent produire de l’énergie mais pas
toujours à un coût qui justifie l’investissement nécessaire pour l’exploiter.
Il est donc important de faire un bilan tenant compte des conditions locales.
Le propos de cet article est de l’effectuer.
Le soleil envoie à la terre une moyenne de 342 W/m2 (1) sous
forme de radiations. Cette puissance dépend de l’angle d’incidence et est de 1
368 W/m2 pour 90°. Cela signifie que les zones tropicales bénéficient de 1,8 Kw/m2. Le Cambodge est donc bien placé. Naturellement, il
faut tenir compte de l’absorption par l’atmosphère, ce qui laisse environ 1 Kw/m2 en moyenne.
L’énergie solaire doit, bien entendu, être convertie en
énergie électrique. Le rendement est variable mais se situe aux environs de 10%
pour les systèmes commercialisables. Les panneaux photovoltaïques des
satellites ont des rendements de près de 30% mais coûtent une fortune. Leur
prix est justifié si l’on considère le prix du lancement et la nécessité
absolue d’avoir le maximum d’énergie avec un minimum d’espace.
Les panneaux disponibles sur le
marché sont caractérisés par le nombre de watts électriques produits pour un éclairement
de 1 Kw/m2. Ce nombre est, dans le cas du Cambodge,
multiplié par 5 heures pour donner l’énergie électrique accumulable,
en moyenne, par jour. Un panneau solaire de 100 watts donnera donc 500 watts
heure par jour soit 15 Kwh par mois. Une batterie de
quelques Kwh devrait permettre de faire face aux
variations de luminosité à un coût d’environ 50 dollars, qui doit s’additionner
à celui du panneau, lequel vaut environ 7,5$/w au Cambodge, contre 5$ en
Thaïlande et 4 en Europe. Khmer Solar, contacté par
mes soins, affirme que les taxes, officielles ou non, sont plutôt élevées. Les
ONG souvent pressées d’avoir un projet pour un bulletin de publicité
s’accommodent de n’importe quel prix. Les marges bénéficiaires peuvent aussi avoir
une incidence. Allez savoir!
Il reste que, à 3 dollars par watt
et 15 cents par Kwh, l’investissement serait payé en
dix ans. Or le coût à la production est de 2,5 dollars/watt. Un importateur
bénévole, protégé contre les “appels à l’encouragement” pourrait contribuer à
la diffusion de cette énergie propre et disponible. Sans le trou noir des
“coopérations”, cela va de soi. Il existe aussi un avantage caché : ces mini
centrales solaires permettent d’économiser le transport de l’électricité
destinée à des communautés isolées et peu consommatrices. C’est la raison pour
laquelle l’Inde et le Bangladesh les subventionnent.
La transformation, souvent nécessaire, des volts continus en
220 volts à 50 périodes par seconde a un coût variable. En cas de charges peu inductives, les convertisseurs,
souvent chinois ou viêtnamiens, coûtent environ 100
dollars / Kw et sont suffisants. Mais dans le cas de
pompes immergées, la différence de phase entre courant et tension nécessite des
convertisseurs beaucoup plus chers. Les convertisseurs rotatifs ont
malheureusement disparu du marché. L’inertie du couple moteur-générateur
permettait, il y 50 ans, de faire face à n’importe quel déphasage.
L’installation des panneaux directement sur les toits, brûlants au Cambodge
durant la journée, ne peut que diminuer la durée de vie des panneaux (cycles
thermiques). Le “photovoltaïque” contribue de manière significative aux besoins
d’Israël qui a acquis un “know how” d’excellence en la matière.
D’autres solutions pour l’exploitation de l’énergie solaire
ont été, sont ou seront expérimentées. Citons le fourneau solaire avec son
réseau de miroirs convergeants, les “solar pond” et la tour qui sera construite en Australie.
Cette dernière devrait fournir 200 Mw(2) grâce à des
turbines actionnées par l’air chaud produit sur 40 km2. La tour elle-même
aurait 1 km de haut et 130 mètres de diamètre. Le
pays des kangourous est riche en surfaces désertiques et, paraît-il, l’étude
préliminaire aurait convaincu le gouvernement de son intérêt.
Claude Rabour - Ingénieur électronicien
Euratom - Prek Roka
- 1) revue La recherche (2) Far Eastern Economic Review